Qui n’a pas ressenti cet élan du mois de mars, quand le soleil perce enfin sur les collines de Berengeville ? Les prairies renaissent, les haies rustiques ourlent à nouveau les chemins et la campagne bruisse de mille éclats. Le printemps, c’est la saison idéale pour les balades à la découverte du patrimoine naturel, avec deux thématiques phares qui mettent tous les sens en éveil.
Avril-mai, les fossés explosent de primevères, les haies dégoulinent d’aubépines et le chant du merle vous accompagne. Le sentier botanique longe le vieux lavoir et serpente entre les vergers où résonne le travail des abeilles. On y croise parfois Pierre, passionné de haies, qui aime partager ses connaissances sur l’emblématique “double rangée” typiquement normande et la biodiversité qu’elle accueille (Source : PNR Normandie-Seine).
Emporter un petit livret de reconnaissance des fleurs est un luxe accessible. Les orchidées sauvages font ici leur première apparition dès la fin mai, subtil motif à ralentir le pas. Sur ce parcours, le printemps se lit dans les détails : dans la mousse qui ourle les troncs, dans la sève qui monte.
S’il est un moment où la campagne se remplit de cris inconnus, c’est bien la saison des migrations. Le marais de la Brèche, zone préservée, voit s’arrêter hérons, grèbes et parfois même cigognes. Jumelles autour du cou, la randonnée se transforme en jeu de piste. Les associations locales (parfois épaulées par la LPO) organisent de petits groupes pour initier petits et grands à l’observation et à l’écoute (LPO).
Plume de geai, ballet d’étourneaux, posés sur le fil ou en vol rasant, ici, le printemps donne le la pour tous les promeneurs curieux.
En juillet, les pieds dans le foin coupé, Berengeville s’anime autrement. La lumière découpe les silhouettes, les ruelles embaument la confiture. L’été, c’est le temps d’oser les grandes boucles — et de provoquer les rencontres inattendues, en passant par les fermes, les marchés, les coins à pique-nique.
Ambiance k-way jeté sur l’épaule, panier en osier à la main. L’itinéraire file vers la Ferme du Chêne Rond où l’on goûte au camembert de la maison, puis serpente vers le verger communal (dont la récolte collective donne lieu à une belle fête chaque année – Source : Mairie de Berengeville-la-Campagne). Une halte s’impose chez Élise, aux confitures maison vendues sur simple appel depuis la petite table devant sa porte.
Les randonnées gourmandes, c’est redécouvrir le lien entre le paysage et l’aliment que l’on savoure. L’été, chaque détour offre une surprise, entre les prunes jaunes tombées à même le chemin et les verres de cidre offerts un peu par défi. Une expérience à faire en famille, tout en prenant le temps de discuter avec les producteurs : chacun a son histoire, son secret de fabrication.
L’été magnifie les vieilles pierres et les ruelles de Berengeville. Les circuits du patrimoine sont parfaits à cette période, profitant des journées longues. On (re)découvre la légende du vieux manoir des Lilas — partiellement caché derrière ses murs, on dit qu’il aurait abrité un clandestin sous l’Occupation — et le petit cimetière de campagne bordé d’ifs centenaires (Normandie Tourisme).
Certains soirs, la balade se termine par un concert ou une lecture à la bibliothèque en plein air, installée pour la saison derrière la mairie. L’occasion de clore la journée sur quelques vers de Normandie.
Quand les jours raccourcissent et que la lumière devient tendre, l’automne imprime sur la campagne des tons safran, et c’est le temps des chemins feutrés sous les feuilles. Ambiance propice aux randonnées qui sentent la terre mouillée, le champignon, la cueillette.
On part tôt, panier vide, vêtus contre la rosée, bercés par le bruit mat des châtaignes qui tombent. Certains coins sont secrets, transmis de génération en génération. Mais il est d’usage de croiser au moins deux promeneurs armés d’un Opinel en quête de girolles, cèpes ou chanterelles. Attention à la cueillette raisonnée : nos anciens rappellent souvent la règle du panier à demi plein, geste de respect envers la nature.
Plus loin, les pommeraies battent leur plein. En octobre, la cueillette des reinettes est un rituel partagé (Source : Vergers de l’Eure). Sur certains tronçons, on longe des rangées chargées de fruits ; il n’est pas rare d’être invité à croquer une pomme ou à repartir avec un sac de compote rustique, juste troquée contre un sourire.
C’est une randonnée moins courue, pourtant inoubliable. Le soir, à la lisière des bois, enveloppés dans la brume, on attend le cri rauque du cerf. Parfois, le silence se fait alors oppressant. Ceux qui ont déjà entendu ce grondement savent combien il bouleverse : pendant quelques minutes, la forêt entière semble écouter, suspendue.
Quelques associations naturalistes accompagnent les groupes (renseignements auprès de l’Office du tourisme d’Évreux et du ONF pour les dates exactes et les modalités d’accompagnement). En rentrant, la marche nocturne évoque presque un conte ancien, ramenant chacun à la part sauvage de la campagne normande.
Lorsque le givre ourle les haies et que le bocage s’endort, la randonnée à Berengeville prend un tout autre goût : plus lente, introspective, plus attentive aussi. Loin d’être monochrome, l’hiver révèle une campagne délicate, à admirer, si possible, bien emmitouflé.
La brume efface parfois l’horizon, invitant à regarder plus près : l’empreinte d’un sanglier, la trace encore tiède d’une chouette. Le silence donne aux pas une portée nouvelle. Nous recommandons ces marches matinales en petit groupe, suivies (bien sûr) d’un chocolat chaud à la boulangerie de la place, où l’air sent la viennoiserie dorée.
C’est le moment où la communauté aime organiser des randonnées “au coin de l’histoire” : la boucle passe par des lieux emblématiques – calvaire isolé, vieille grange, maison de poète. Chaque arrêt est l’occasion de partager, un extrait de Gaston Leroux ou de quelques lignes d’un auteur normand, à voix basse dans la nuit. Petits et grands plongent dans l’imaginaire, soudain plus vibrant sous les étoiles.
S’il faut retenir une chose, c’est que marcher à Berengeville-la-Campagne, c’est toujours laisser le paysage vous surprendre. Qu’il s’agisse de l’explosion printanière, de la chaleur d’un accueil à la ferme, du silence épais de l’hiver ou du cri d’un cerf au crépuscule, chaque saison a sa magie, ses odeurs et ses charmes. Nous espérons que ces itinéraires et ces thématiques vous donneront envie de plus qu’une promenade, mais d’une véritable rencontre avec la campagne, entre amis, en famille ou en solitaires rêveurs.
Et si un jour, vous croisez sur les chemins un groupe qui rigole, panier plein ou carnet à la main, n’hésitez pas à vous joindre à la ronde : à Berengeville, la randonnée, ça se partage.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande