Un souffle d’aube, la lumière qui rase les herbes perlées, un chevreuil immobile qui vous dévisage : voici le genre de miracles ordinaires qu’offre la campagne autour de Berengeville-la-Campagne. Observer la faune sauvage n’est pas un privilège réservé aux chanceux, il suffit souvent d’un peu de patience, de respect et de sens de l’émerveillement.
La Normandie, et notre petit coin de l’Eure, regorgent de haies, prairies, bosquets, où les animaux mènent leur vie loin du tumulte. Du château d’Englesqueville jusqu’aux bords de la rivière Iton, chaque recoin abrite ses propres habitants. Pourtant, rares sont ceux qui savent les rencontrer sans bruit et sans effrayer, au plus proche des rythmes naturels. Voici quelques pistes inspirées par nos balades passionnées, des conseils que nous avons raffinés année après année, et des endroits où il fait bon ouvrir grands les yeux… et les oreilles.
Fréquent dans les bocages et lisières, le chevreuil est le “presque invisible” par excellence. Haut sur pattes, gracieux, impatient face à la maladresse humaine, il s’attarde souvent à l’orée des bois au lever ou coucher du soleil. On estime qu’il y aurait plus de 1,5 million de chevreuils en France, avec une forte densité dans l’Eure (source : OFB/ONCFS).
Acrobate des haies, il surgit parfois à l’aube, son pelage flamboyant comme un clin d’œil au soleil. Mal compris mais précieux allié (notamment pour la régulation des rongeurs), il se repère souvent à son odeur ou à la discrétion malhabile de ses mulots effrayés.
Le ciel normand bruisse du vol des buses et des faucons : postés sur un piquet ou tournoyant lentement dans les ascendances, ils scrutent les champs. La chouette effraie, surnommée la “dame blanche”, hante quant à elle les vieux greniers.
Petits mammifères des bois, discrets mais bien là. Le blaireau laisse ses traces (trous caractéristiques, latrines), le lapin creuse ses terriers au milieu des talus, et l’écureuil saute hardiment d’arbre en arbre, surtout au lever du jour.
Tombée du matin, les alouettes entonnent leurs chants en rase-motte, tandis que bruants et fauvettes exploitent ronces et haies comme de petits laboratoires d’acrobaties.
Privilégiez l’aube ou le crépuscule pour longer les berges de l’Iton, non loin du Moulin de la Chapelle. Ici, de nombreuses traces de passage (empreintes dans la terre, fibres rongées…) trahissent la présence du ragondin, de la genette ou du héron cendré, imperturbable pêcheur. C’est aussi le territoire de la grenouille agile et du triton — attention où vous mettez les pieds !
Aux abords des massifs boisés, la densité de la végétation offre abri et nourriture. Le bois du Fay, à la frontière du village, accueille bécasses, pics épeiches, ainsi que bon nombre de sangliers (approche ultra-discrète nécessaire, et prudence recommandée en période de chasse).
Les bocages, caractéristiques du Pays d’Ouche, sont de véritables “autoroutes” pour la faune. Les haies entre champs, tressées de mûriers et de vieux chênes, sont empruntées par le blaireau, le renard et, avec un peu de chance, la belette. On reconnaît parfois leurs passages à la terre fraîchement retournée ou à la présence de crottes discrètes. Selon l’INPN, plus de 70% de la biodiversité avienne de Normandie dépend des haies bocagères (INPN).
En été, ces espaces vibrent de vie : crapauds, papillons (aurores, argus, paons-du-jour), libellules et sauterelles animent la basse végétation. Une loupe ou un carnet peuvent se révéler de précieux alliés pour les naturalistes en herbe.
L’art d’observer sans déranger, c’est d’abord un art de vivre, fait de respect, d’humilité et de discrétion. Voici nos secrets les plus précieux, affinés après des années de balades matinales.
Un pas lent, des arrêts fréquents : la faune s’habitue à votre présence et sort plus facilement découvrir ses alentours.
Marchez contre le vent pour éviter que les animaux ne vous sentent bien avant de vous voir.
La plupart des oiseaux et petits mammifères sont bien plus audibles que visibles. Un carnet peut servir à noter, dessiner ou consigner vos trouvailles.
| Animal | Trace ou indice | Où chercher |
|---|---|---|
| Chevreuil | Petites empreintes en forme de cœur | Lisière boisée, prairies humides |
| Blaireau | Trous larges, griffades, touffes de poils, latrines | Haies, talus, boisements |
| Renard | Petites crottes torsadées, odeur particulière | Allées dégagées, lisières |
| Oiseaux (rapaces) | Pelotes de réjection | Sous les arbres isolés, piquets |
Il est crucial de rappeler que nombre d’espèces sont protégées et qu’il est interdit d’approcher, déplacer ou déranger les animaux, leurs œufs et leurs nids (ex : Loi de 1976 sur la protection de la nature, Legifrance). Dans l’Eure, certains espaces naturels sensibles bénéficient d’un balisage orange ou vert : ils permettent la découverte, mais impliquent une vigilance accrue.
Ne sortez jamais des sentiers balisés en période de nidification (avril à août) : ce conseil vaut particulièrement pour les jeunes rapaces, lièvres et faons, qui comptent sur leur immobilité pour survivre (source : Ligue pour la Protection des Oiseaux).
Certains soirs de mai, approchez (discrètement !) l’ancien lavoir ou les vieux vergers : ululements, hululements… Les chouettes hulottes ou effraies sortent à la tombée du jour. Un rituel qui ravit petits et grands, sans rien forcer, juste en prêtant l’oreille.
Au printemps, tapis d’orchidées sauvages, orchidées pyramidal ou tachetées, foisonnent de papillons rares. Silence et beauté, à savourer sans cueillir.
L’étang attire grenouilles, martins-pêcheurs (bleu électrique survolant l’eau) et de nombreux insectes. Installez-vous, immobiles, sur la berge : la nature fait alors son cinéma.
Explorer la vie sauvage autour de Berengeville-la-Campagne, c’est renouer avec le temps long, celui du lever des brumes et des conversations feutrées entre ronces et merisiers. La faune locale n’est ni rare ni exotique, mais elle cultive cette grâce de l’inattendu qui embellit les promenades. C’est une école de patience, une invitation à la tendresse envers le vivant.
À chacun sa méthode, ses coins secrets, ses petits talismans – jumelles d’enfance, carnet relié de cuir, ou simple habit de marche. Toute la richesse de notre campagne s’offre à ceux qui savent écouter, regarder, attendre. Que votre prochaine balade soit une fête discrète, où le simple fait de croiser un museau ou d’entendre le bruissement d’une aile renouvelle le plaisir d’habiter – ou de traverser – Berengeville-la-Campagne.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande