Les premiers pas à Berengeville-la-Campagne offrent un étonnant tableau de contraste. Terre normande, façonnée par les vents et le temps, le village s’étend sur un peu plus de 8 km², entre prairies onctueuses, bois discrets et vallons secrets. Ici, rien d’ostentatoire : tout se joue dans la subtilité, la douceur du relief, la lumière changeante qui caresse les champs. Selon les données de l’INSEE (2021), le territoire s’élève de 133 à 151 mètres d’altitude – autant d’altitude que de respiration pour ces panoramas où se déploient cultures, pâturages, et petits chemins creux.
Asseyez-vous un instant sur le banc devant l’église Saint-André : de là, on observe comment les routes serpentent, filant vers les bois, coupant les lignes droites agricoles. On comprend mieux la logique tranquille d’une campagne normande, où chaque parcelle a son histoire. Cet équilibre entre openfield (grandes parcelles cultivées) et bocage semi-ouvert reflète l’évolution du pays de l’Eure depuis le XIXe siècle, à l’heure où le remembrement a redessiné les horizons, mais laissé subsister quelques haies vives, précieuses pour la biodiversité (source : Atlas de la Biodiversité Communale, Eure).
Sous nos pieds, un sol limoneux typique du plateau de Saint-André : fertile mais délicat, propice aux grandes cultures céréalières (blé, orge, maïs principalement). Certaines parcelles accueillent encore luzerne, colza ou lin, ce dernier renouant parfois avec la tradition textile de la Normandie (voir « Le lin en Normandie », Chambre d’Agriculture Région Normandie). Bien sûr, la richesse des sols attire son cortège de lapins, taupes affairées, vers qui dessinent leur œuvre invisible.
L’eau n’est jamais loin : bien que Berengeville ne possède pas de grande rivière, elle est entourée de sources et de rus, parfois asséchés l’été, mais qui reprennent vie en saison pluvieuse. Ces points d’eau, souvent privés et disséminés, irriguent de petits étangs et offrent un refuge discret à la grenouille rieuse, au triton crêté et, plus rarement, à la libellule sympetrum sanguin.
Qui dit Berengeville dit diversité végétale. Si la part belle revient à l’agriculture, la commune conserve plusieurs espaces naturels et boisés, dont certains classés en zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF : données INPN). Voici une promenade virtuelle parmi ses milieux naturels marquants :
Franchir le portail d’un champ au petit matin, c’est accepter d’être observé. Dès l’aube, la faune s’éveille :
Berengeville-la-Campagne fait partie des communes où l’on recense près de 70 espèces d’oiseaux nicheurs (source : LPO Eure), preuve que la mosaïque de milieux a beaucoup à offrir – même sur un territoire modeste.
Forêts, lisières, souches anciennes : Berengeville regorge de coins à champignons, jalousement gardés par quelques habitants initiés. L’automne venu, on croise cèpes, girolles, pieds-de-mouton mais aussi de drôles de silhouettes comme le clavaire jaune ou l’amanite tue-mouches, égaillant le sous-bois de couleurs insolites. Promeneur averti : cueillez toujours avec discernement et respectez la réglementation communale sur la cueillette (cf. arrêté municipal consultable en mairie).
Comme beaucoup de villages ruraux, Berengeville-la-Campagne n’échappe pas aux défis contemporains : diminution de certains habitats, évolutions agricoles, changement climatique. Plusieurs haies ont disparu depuis les années 1960, mais on note, depuis la création de la trame verte et bleue régionale (source : Région Normandie), une politique active de replantation, avec près de 850 mètres de haies recréées depuis 2018 sur la commune, autant de corridors de vie pour la faune. Plusieurs agriculteurs locaux, en partenariat avec le réseau « Paysans de nature » et le Parc naturel régional des Boucles de la Seine, privilégient le fauchage tardif et limitent l’usage de pesticides pour préserver la petite faune.
La question de l’eau devient également cruciale. Les sécheresses de 2019 et 2022 ont considérablement affecté certains rus et mares. Aujourd’hui, plusieurs habitants se mobilisent pour restaurer d’anciennes mares, véritables oasis pour amphibiens et insectes (source : « Les mares en Normandie », CPIE Vallée de l’Orne).
Berengeville-la-Campagne, malgré sa discrétion, montre combien chaque recoin de la campagne a ses trésors cachés et ses défis. La diversité de ses habitats, l’engagement récent pour restaurer mares et haies, et l’attention portée à la gestion apaisée de la faune, laissent espérer une cohabitation harmonieuse entre agriculture et espaces naturels, humains et vivants. Les passionnés de nature auront toujours de quoi s’étonner : chaque saison renouvelle le paysage, chaque balade est promesse de découverte. Ouvrez l’œil, prêtez l’oreille, et prenez le temps d’apprivoiser la campagne – elle le rendra bien.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande