Berengeville-la-Campagne, situé dans le département de l’Eure, explore la Normandie dans ce qu’elle a de plus vrai, plus secret parfois, loin des grands axes et du tumulte des villes. Ici, chaque détour de chemin raconte une histoire géographique façonnée par des siècles de cohabitation entre la nature et l’homme.
Le village s’étend sur environ 680 hectares. C’est un choc de contrastes doux : de grandes plaines céréalières, des haies bocagères, un cœur de village où la pierre et la verdure s’entremêlent. Berengeville-la-Campagne est classé dans le plateau du Neubourg, cette terre fertile à blé et à colza qui déploie ses nuances d’ocre et de vert au fil des saisons (INSEE, Géographie départementale).
Quiconque a déjà posé le pied sur les terres de Berengeville le sait : le sol est ici une richesse silencieuse. Issu des dépôts de limons de l’ère quaternaire, la terre noire et fine assure des rendements agricoles parmi les plus élevés de Normandie. Le plateau ne connaît que de faibles pentes – l’altitude varie modestement de 120 à 146 mètres – mais ces légères déclivités suffisent à offrir des perspectives : à certains endroits, sur les chemins en hauteur, on embrasse tout le village et ses alentours, parfois jusqu’à l’horizon boisé du Neubourg.
Quelques fossés serpentent entre les parcelles, vestiges d’anciens systèmes d’irrigation qui rappellent l’ingéniosité des paysans normands pour dompter les humeurs de la terre. Certaines haies, parfois centenaires, servent de remparts naturels contre le vent qui court librement sur la plaine.
Le paysage de Berengeville-la-Campagne, c’est d’abord une symphonie de cultures. Blé tendre, orge d’hiver, colza et lin se succèdent dans les rotations, rythmant l’année par des touches de couleur et d’odeur singulières. Selon la Chambre d’Agriculture de l’Eure, la région du Plateau du Neubourg affiche l’un des plus hauts rendements français en céréales grâce à la qualité de son limon (Chambre d'Agriculture de l’Eure).
Si la grande culture règne, le bocage n’a pas totalement disparu. Au contraire, il renaît parfois grâce à quelques exploitants amoureux de la biodiversité ou à la volonté d’élus engagés dans la trame verte régionale. Les haies, précieuses, abritent passereaux, belettes, hérissons : elles servent de corridors pour la faune et de réserve de fleurs sauvages.
Quelques bois morcelés bordent l’est du territoire communal. S’y aventurer tôt le matin, c’est parfois surprendre une biche, entendre le tambourinage du pic épeiche ou humer lors des pluies la délicate odeur de sous-bois. Ces « petits » bois de 2 à 4 hectares, en réalité précieux pour la sauvegarde des espèces locales.
Sur ces terres argileuses et riches, la flore se décline en plusieurs registres :
Le verger n’est jamais loin non plus, souvent intégré aux jardins. Pommiers, poiriers, pruniers rythment les saisons et perpétuent la tradition normande de conserver une diversité fruitière.
Observer la faune à Berengeville, c’est accepter de s’attarder, de ralentir. Quelques espèces que l’on croise ou devine :
Des bénévoles locaux, guidés par la LPO Eure (Ligue pour la Protection des Oiseaux), participent d’ailleurs à des recensements chaque printemps. C’est ainsi que le passage d’une cigogne en 2021 a été détecté – événement salué par beaucoup comme une victoire écologique.
La géographie de Berengeville-la-Campagne, c’est aussi une histoire d’eau, encore qu’on la devine plus qu’on ne la voit. Pas de grande rivière ici mais un réseau de petits fossés, des sources saisonnières et, ça et là, des mares d’ancienne prairie où grenouilles et tritons cohabitent.
Ces micro-milieux aquatiques font l’objet d’une attention particulière. Une balade naturaliste organisée en mai 2022 par la CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) a révélé la présence de la rare salamandre tachetée, tirant bénéfice de ces mares tranquilles.
Découvrir la géographie à Berengeville, c’est aussi et surtout se laisser porter le long des sentiers balisés ou improvisés. Plusieurs parcours s’offrent aux explorateurs :
Quelques conseils pratiques glanés auprès des anciens du village :
Certains disent qu’au petit matin de juin, l’étang près du moulin – devenu simple bosquet aujourd’hui – laisse parfois deviner dans la brume le vol d’un martin-pêcheur. Une vieille légende locale rapporte que des eaux de « La Fontaine », il fallait jadis puiser pour garantir la prospérité de sa récolte. De telles anecdotes, murmurées lors des fêtes de village, traversent les générations et façonnent peu à peu le patrimoine oral du pays.
La richesse naturelle de Berengeville-la-Campagne, à la fois modeste et précieuse, est aujourd’hui menacée par la pression agricole, les épisodes de sécheresse plus fréquents (selon Météo France, l’Eure a enregistré une baisse moyenne des précipitations de 15% lors de la décennie 2010-2020) et la tentation de nouveaux aménagements routiers. Mais de belles initiatives émergent aussi : programmes de replantation de haies, inventaires participatifs de la faune, actions éducatives menées par les écoles du secteur autour de la biodiversité locale (Réseau biodiversité Normandie).
La géographie et la nature à Berengeville-la-Campagne sont une invitation vivante : on les parcourt, on les touche, on les respire. Elles sont faites d’itinéraires secrets, de rendez-vous naturels saisonniers et de gestes quotidiens transmis en silence. Il ne suffit pas de passer pour voir, il faut s’arrêter pour comprendre. Ici, chaque coin de prairie, chaque haie replante une promesse d’avenir.
À vous d’inventer votre propre carte. Arpentez, photographiez, racontez ou cultivez à votre tour un peu de ce patrimoine géographique et naturel : c’est la seule réserve que les habitants de Berengeville-la-Campagne souhaitent vraiment ne jamais voir s’épuiser.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande