À qui demande où commence, où finit Berengeville-la-Campagne, la réponse se lit d’abord dans les courbes douces de la terre. Le village, situé dans le département de l’Eure, Région Normandie, s’étend principalement sur un vallon, à une dizaine de kilomètres à l’est de Bernay, non loin du plateau du Neubourg. Ici, la géographie n’est pas seulement une affaire de cartes, mais de sensations : on la sent sous ses pieds quand on marche sur la terre labourée, au détour des chemins creux, ou en suivant la légère pente qui mène au cœur du bourg.
Le point culminant du territoire approche les 150 mètres d’altitude ; le village s’étage insensiblement en bordure de la vallée du Bec, un ruisseau discret, bras timide de l’Iton, dont le fil serpente parfois caché entre les herbes folles. C’est une toponymie où chaque lieu-dit résonne : le Bout d’en Bas, le Clos du Pré, la Blonde Mère…
Berengeville-la-Campagne, ce sont 697 hectares de bocage, champs et de bosquets – une surface modeste mais riche, typique du Pays du Neubourg. (Données Insee) La commune fait partie de la Communauté d’agglomération Évreux Portes de Normandie, mais garde jalousement son identité villageoise.
L’organisation des champs autour du village, les haies qui découpent le paysage rappellent l’importance ancestrale de l’agriculture. Le bocage, ce "labyrinthe vert" si caractéristique, avait pour rôle d’abriter les cultures et le bétail du vent, mais aussi de rythmer les saisons : on estime que plus de 12 km de haies bocagères subsistent autour de Berengeville-la-Campagne (source : Pays du Neubourg). Aujourd’hui menacées par l’arrachage, ces haies sont objet de vigilance et de soins de la part des habitants soucieux de préserver l’équilibre naturel.
Certains parcelles témoignent encore du système agraire basé sur la polyculture et l’élevage mixte : céréales, betterave sucrière, lin, mais aussi vergers de pommiers et prairies riches.
Les botanistes du dimanche, ceux qui ramassent une feuille tombée ou humblent une tige entre deux doigts, trouvent vite leur bonheur. On recense plus de 250 espèces botaniques sur les terres autour du village, notamment dans les friches, les haies et les bois (INPN).
Certains habitants s’adonnent aux cueillettes de champignons en automne (très souvent des cèpes, bolets et chanterelles), tout en respectant les règles et en préservant l’écosystème fragile du sous-bois.
Dès les premières heures du matin, il suffit de tendre l’oreille : derrière un mur, une haie ou dans les prairies humides, la nature bruisse de vie.
Quelques hivers, on a vu passer dans le ciel un vol de grues cendrées, oiseaux migrateurs par excellence, signalant le lien entre Berengeville-la-Campagne et les parcours saisonniers de la faune européenne (LPO).
La présence du Bec, petit ruisseau qui longe la commune, façonne une bande végétale humide, précieuse. Ce ruisseau, d’à peine quelques kilomètres, se jette dans l’Iton bien plus loin. Son lit, parfois caché sous la végétation, a contribué à l’installation de prairies marécageuses propices aux coucous, iris ou colchiques d’automne.
On y trouve également :
Certains habitants racontent comment autrefois le lit du Bec s’élargissait en hivers très pluvieux, inondant temporairement les prairies et enrichissant la terre en alluvions. On croise encore parfois des traces laissées par des ragondins, ou, plus rarement, par la loutre (observation anecdotique, non confirmée officiellement – ONCFS).
On ne découvre pas la vraie géographie du village, ni toute la générosité de sa nature, sans chausser de bonnes baskets. Les sentiers, formels ou non, permettent de découvrir les plus beaux points de vue du secteur :
À chaque saison, des impressions différentes : en été, le chant des grillons et l’odeur des foins ; en automne, les rouges profonds des érables ; en hiver, de petites gelées gracieuses transforment les chemins en tableaux impressionnistes.
La géographie, à Berengeville-la-Campagne, a longtemps rythmé l’économie locale. On ne trouve pas de grandes forêts, mais de petits bois, propices à la cueillette et à la promenade.
Le terroir se traduit ainsi dans l’assiette :
Cette relation profonde entre géographie, nature et culture donne à la vie locale une saveur unique, entre traditions et initiatives de valorisation environnementale. Depuis peu, une démarche de préservation des mares, des haies et des pollinisateurs est menée (Ferrières Education Nature, association régionale).
Chaque habitant garde en mémoire une rencontre, un paysage de lumière ou un instant suspendu.
Autant de trésors discrets, que nul ne remarque s’il n’y prête l’œil et l’oreille, mais qui font la saveur quotidienne du village.
Maintenir la richesse des paysages, c’est une mission partagée. Depuis plusieurs années, des projets collectifs voient le jour :
Les écoles participent même à des ateliers découverte de la faune et de la flore avec la Maison de la Nature du Département – pour que la notion de géographie et de biodiversité prenne racine dès l’enfance.
Berengeville-la-Campagne n’est pas seulement un territoire sur une carte. C’est un équilibre subtil entre terres travaillées, bosquets indomptés et mémoire partagée. Chaque mètre carré raconte une histoire différente : celle de la patience du cultivateur, du ballet d’une buse au-dessus d’un champ, ou du frémissement d’une grenouille à l’approche du soir.
Ceux qui veulent en savoir plus trouveront, en flânant, de petits panneaux patrimoniaux ou des habitants prêts à partager une anecdote sur un arbre, une source ou une promenade. Que vous soyez simple visiteur ou amoureux de longue date, la géographie et la nature de Berengeville-la-Campagne offrent toujours un sentier, un parfum ou une surprise à découvrir au détour du chemin.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande