Notre balade commence au cœur du village, près de l’antique Mare Saint-Pierre. Ce plan d’eau, aux reflets changeants, n’est pas une simple flaque champêtre : il symbolise depuis toujours la rencontre de l’homme et de la nature ici. Autrefois, les lavandières venaient y frotter le linge contre les grosses pierres, tout en dévoilant les nouvelles du pays. Quelques vieux habitants racontent, sourire en coin, que des mariages s’y sont décidés entre deux lessives.
Vous l’aurez compris, la Mare Saint-Pierre c’est autant un point de départ géographique que le début d’une histoire collective : l’eau, ici, cimente le village.
On quitte la zone humide pour s’enfoncer doucement vers le nord-ouest, en direction du Chemin des Pommiers. Le sentier serpente entre vieux pommiers touffus et haies vives, écrin de la biodiversité normande.
Marcher ici, c’est observer : les galets polis, vestiges de la Seine des temps anciens sous la terre meuble ; les toiles ourlées de rosée sur les carottes sauvages ; la silhouette furtive d’un lièvre. Au printemps, l’air s’emplit d’odeurs fraîches. À l’automne, on croise parfois les anciennes ramasseuses de pommes, le tablier relevé, qui échangent quelques rires.
À mi-parcours, on revient sur les rives de la Mare Saint-Pierre, propices à une halte. Les pêcheurs du village, souvent installés dès l’aube, y taquinent la carpe ou le brochet – parfois pour le sport, parfois pour la tradition.
La pause est idéale pour observer la lumière qui glisse sur l’eau, écouter le troublant concert des grenouilles et, souvent, discuter simplement avec un habitant venu nourrir « ses » canards.
Sur la rive sud, un majestueux saule têtard, de près de 120 ans (selon les archives municipales), est le témoin discret de ces vies passées. Les enfants du village aiment s’y cacher ; les aînés s’y adossaient autrefois pour refaire le monde.
On aborde ensuite le Chemin des Pommiers, nommé avec la sincérité qui caractérise la campagne : ici, ce ne sont pas les macarons touristiques mais la vie rurale qui décide des noms. Ce chemin bordé d’arbres fruitiers (pommiers, poiriers et quelques cerisiers sauvages) relie le cœur du village aux hameaux alentour.
Avancez lentement, prenez le temps de toucher les écorces rousses, de deviner le parfum d’une pomme oubliée, d’écouter la mésange tapageuse. Il n’y a pas de chronomètre : juste le plaisir de la marche, l’envie simple de voir comment la campagne vit, pousse et change.
Une des beautés de cette boucle, c’est la probabilité de croiser un voisin, promeneur régulier ou fermier solitaire. Ici, le salut n’a rien d’artificiel et, souvent, une invitation spontanée à goûter le cidre maison peut surgir entre deux conversations sur la météo.
Marcher de la Mare Saint-Pierre au Chemin des Pommiers, c’est aussi marcher dans les pas d’une histoire rurale précieuse. Les bâtisses à pans de bois croisent des fermes de pierres blanches, témoins d’un savoir-faire transmis au fil des générations. Il subsiste, çà et là, de petits calvaires et croix de chemin, déposés là plus par piété de cœur que d’obligation : on les fleurit encore, discrètement, à chaque saison.
Certains habitants se souviennent de l’époque où l’on parcourait la boucle pour aller chercher du lait frais à la ferme ou porter des épinards à la cantine scolaire. Aujourd’hui encore, la mémoire du village s’entretient à la faveur de ses sentiers. Ce sentier, c’est un fil invisible qui relie les générations.
La boucle entre la Mare Saint-Pierre et le Chemin des Pommiers s’impose comme un condensé de ce qui fait le charme profond de Berengeville-la-Campagne : la douceur du paysage, la générosité de ses habitants et la richesse discrète de son patrimoine vivant. Ni tout à fait promenade contemplative, ni franchement randonnée sportive, ce circuit se savoure à sa manière : lentement, en observant, en goûtant, en se laissant surprendre.
Venir ici, c’est comme ouvrir une porte sur la vraie campagne normande : celle des chemins creux, des récoltes partagées, des rencontres sincères. Inutile d’aller loin pour se sentir dépaysé – entre une mare ancienne, une haie vive et quelques vergers en fleurs, il y a tout un monde à redécouvrir.
Sources : IGN, Fédération de pêche de l’Eure, Interprofession des Fruits et Légumes de Normandie, archives municipales de Berengeville, témoignages d’habitants.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande