En ce début d’automne, la lumière tamisée d’octobre embrase littéralement le paysage. Sur les cheminements moussus, des rayons dorés percent la voûte feuillue, projetant des ombres mouvantes sur l’humus. Impossible d’y rester insensible : érables sycomores en manteau de cuivre, chênes aux feuilles dentelées tirant vers l’ocre, charmes soudainement dorés, hêtres flamboyants. Les feuillus de Normandie, réputés pour leur robustesse, deviennent poètes un court instant, consentant à fondre leur sérieux dans une explosion de couleurs. D’après l’Office National des Forêts, le hêtre, très présent ici, libère en automne ses pigments anthocyaniques, créant ces teintures pourpres uniques dans la région (source : ONF, « Les couleurs d’automne en forêt »).
L’ambiance automnale, c’est aussi cette odeur caractéristique. Mélange chaleureux d’humus, de bois mouillé, de terre et d’effluves miellés venus des anémones d’automne ou des dernières baies qui tintinnabulent sur les aubépines. Les enfants collectionnent feuilles et glands dans leurs poches, les plus grands se contentent de suspendre le temps.
Impossible d’envisager une sortie automnale sans songer aux champignons. Ici, la tradition est bien ancrée. Habitant ou visiteur, chacun se munit d’un panier — jamais de sac plastique, s’il vous plaît, pour ne pas abîmer la récolte ! Dès le mois de septembre, c’est la valse des espèces : bolets, girolles, cèpes de Bordeaux, pieds-de-mouton, trompettes-de-la-mort… à condition d’avoir l’œil et de respecter la forêt !
Quelques espèces courantes à rencontrer :
| Nom | Comestibilité | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Cèpe de Bordeaux | Excellente | Chapeau brun, pied ventru, pores blancs devenant jaunes, odeur agréable |
| Girolle | Délicate | Chapeau en trompette jaune, fines lames, parfum fruité |
| Amanite tue-mouches | Toxique | Chapeau rouge à points blancs, pied blanc avec volve, danger |
| Pied-de-mouton | Bonne | Surface irrégulière, lames en aiguillons sous le chapeau, blancheur crème |
Petit rappel : La cueillette doit toujours respecter la biodiversité. On ne coupe pas tout, on ne retourne pas inutilement les souches, et l’on ne ramasse que ce que l’on est certain de pouvoir consommer, la prudence étant la première vertu du cueilleur avisé (source : Société Mycologique de France).
Pour profiter pleinement de la promenade automnale, quelques secrets partagés sous la plume ou au détour d’un chemin :
Berengeville-la-Campagne se distingue par cette convivialité propre aux villages normands. Il n'est pas rare de croiser un autre promeneur, panier sous le bras, qui troquera volontiers un conseil, une anecdote, voire un sourire face à une trouvaille particulièrement jolie ou curieuse.
Dans la mémoire locale, la forêt a toujours été terrain de jeu, de transmission, voire de rituels joyeux. Les familles du village aiment à raconter les matinées brumeuses, où parents et enfants s’essaient à reconnaître les empreintes dans la boue, deviner la provenance d’un bruissement d’aile, ou récolter des noisettes tombées à même la mousse.
Parmi les souvenirs qui alimentent les conversations du village, il y a cette chasse au cep incroyable il y a deux ans, où un enfant du pays, la main dans celle de sa grand-mère, est rentré triomphant avec “le plus gros bolet jamais vu à Berengeville” — un mastodonte aussitôt immortalisé par une photo et partagé dans toutes les chaumières. Ou encore cette tradition de ramener un bouquet improvisé de fougères, feuilles de charme et quelques baies, posé ensuite sur la table du salon comme le plus beau des bouquets d’automne.
En Normandie, près de 14% du territoire est couvert par la forêt (source : Observatoire Régional des Forêts Normandes, 2022). Et Berengeville, à sa petite échelle, participe à cette mosaïque précieuse. Mais le respect est de mise : la biodiversité qui s’y concentre, des mousses aux grands chênes, des coléoptères aux chevreuils, est d’une grande fragilité. Cueillette modérée, sentiers respectés, déchets emportés : la forêt ne se contente pas d’offrir, elle exige une attention de chaque visiteur.
Cet engagement se retrouve dans les actions communales, mais aussi dans ces petits gestes quotidiens : ramasser les détritus d’un promeneur plus distrait, signaler des arbres tombés violents à la mairie, ou encore participer à l’inventaire floristique organisé par les bénévoles du village, chaque automne.
L’automne à Berengeville-la-Campagne n’est pas qu’une affaire de couleurs ou de champignons à ramener dans son panier. C’est une invitation à vivre, à ressentir, à contempler. Dans le parfum des feuilles froissées, le temps qui prend son temps, le regard mutin posé sur la mousse ou la surprise d’une morille hors saison, chacun trouve matière à s’émerveiller, à se raconter, à transmettre. Et de retour au village, après la promenade, c’est la joie de partager un plat mitonné de cèpes, de feuilleter les photos prises sous ces arbres vieux de plusieurs siècles, de se promettre de ne jamais manquer ce rendez-vous annuel avec la forêt vivante.
Ici, l’automne est une histoire collective, cousue de souvenirs aux couleurs d’ambre, de gestes simples et d’appels à la curiosité. Que vous soyez amoureux de la photo, cueilleur averti ou rêveur du dimanche, la forêt communale de Berengeville-la-Campagne a mille raisons de vous mener hors de chez vous, pour un grand bol d’air… et quelques paniers bien garnis.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande