Cueillir, c’est bien plus qu’une promenade. C’est ouvrir les yeux sur ce qui pousse sous nos pieds, humblement, souvent dans l’ombre de nos regards trop habitués. Autour de Berengeville-la-Campagne, chaque haie, chaque talus, chaque lisière de bois, est une invitation à ralentir et à observer.
Voici donc, mois après mois, un petit guide des incontournables pour les gourmands curieux.
| Plante | Période de cueillette | Milieu | Utilisation | Anecdote locale |
|---|---|---|---|---|
| Ortie | Mars à novembre | Bords de chemins, friches | Soupe, pesto, quiche | Préférée des anciens pour "nettoyer" au printemps |
| Pissenlit | Avril à mai (jeunes pousses) | Prairies, pelouses | Salade, vin, confiture (“cramaillotte”) | Les enfants faisaient des bouquets pour la “fête des grands-mères” |
| Lamiers (blanc ou pourpre) | Mars à mai | Haies, sous-bois frais | Beignets des fleurs, jeunes pousses en salade | Appelé “ortie peinture” par les gamins du coin, car ça ne pique pas ! |
| Bourse-à-pasteur | Février à juillet | Bords de champs, chemins | Aromate, salade, soupe | Portait chance dans les coiffes durant les communions |
| Mûres | Août à septembre | Haies, lisières | Confiture, tartes, sirop | La cueillette de fin d’été pour les goûters au soleil avant la rentrée |
| Châtaignes | Octobre à novembre | Bois, bordures | Crème, soupe, gâteau | Le rendez-vous des feuillées d’automne, près du feu |
Au sortir de l’hiver, les premières jeunes orties pointent leur nez, tiges tendres et feuilles gorgées de vert. Parfois redoutée pour son piquant en promenade, elle se laisse docilement apprivoiser avec des gants.
Ceux qu’on appelle parfois “orties blanches” ou “pourpres” - lamier blanc ou lamier pourpre - jouent les sosies sans faire souffrir. Leur goût délicat et légèrement sucré en fait un secret de gourmets.
Petite plante discrète, la bourse-à-pasteur dévoile sa richesse au creux des talus. Son goût poivré réveille les premières salades printanières.
Qu’on l’appelle dent-de-lion ou pisse-en-lit, cette petite tête jaune éclaire les prés dès l’arrivée des beaux jours.
Le pissenlit, c’est aussi le rire des enfants qui soufflent les capitules : si toutes les graines s’envolent, grand-mère sera heureuse toute l’année !
À la fin de l’été, chaque haie, chaque sentier de Berengeville se pare de grappes noires et luisantes, les mûres. Impossible de résister à leur saveur acidulée au retour d’une balade.
Lorsque les matins deviennent brumeux et que le pas crisse sur les feuilles mortes, il est temps de chasser la châtaigne sous les vieux arbres. Parfois râpeuse à ramasser, toujours généreuse à partager.
Manger la campagne, c’est merveilleux… mais cueillir sauvage, cela s’apprend, se transmet, se respecte.
Au fil des saisons, cueillette devient une école de patience et de partage. La nature récompense les curieux, mais elle éduque les impatients…
Pour aller plus loin, pourquoi ne pas rejoindre l’une des balades botaniques organisées au printemps dans la région, ou découvrir les ouvrages de François Couplan et d’Amandine Geers sur la cuisine des plantes sauvages ?
La richesse de la campagne, c’est son humilité. Les saveurs authentiques se dévoilent à qui sait lever le nez et se baisser, le panier au bras et le sourire en coin. Autour de Berengeville-la-Campagne, la cueillette sauvage est à la portée de tous : il suffit d’oser emprunter un chemin, d’écouter les oiseaux et d’ouvrir les yeux sur ce qui pousse, là, tout autour de nous.
Si vous tentez l’aventure, n’hésitez pas à partager vos découvertes, vos photos ou vos recettes. Et si le doute vous saisit, il y aura toujours quelqu’un au coin d’un marché pour vous souffler le bon conseil, la bonne saison, ou l’anecdote oubliée.
La campagne, c’est aussi cela : un grand livre d’histoires qui réunit, autour d’une cueillette, petits et grands, anciens et nouveaux venus, gourmands patients et curieux du dimanche. La belle aventure commence souvent avec une feuille d’ortie ou un seau de mûres… et c’est tout un village qui s’éveille, un panier à la fois.
Vivre, découvrir et savourer la campagne normande